L'histoire de la Hallière
Histoire de la Hallière depuis le 18ème siècle
Historique de la scierie de La Hallière
A notre connaissance, aucune précision historique et cadastrale ne signale la présence de la scierie de La Hallière avant le début du 19e siècle.
Dans un article "Les Scyes de la Vallée au temps des Salm", l’historien Marc Brignon explique le positionnement des scieries au 18e siècle "Le haut-fer de la Hallière" (Ed-ADPP- imp. Fetzer 1981) :
<< Si aux 19e et 20e siècles, les scieries sont construites sur la rivière "la Plaine" et près des villages, c’est parce que les voies de communication et les moyens de transport sont nombreux : il est facile de déplacer les "tronces" qui vont approvisionner les scieries. >>
<< Aux 16e, 17e et 18e siècles, ces avantages étant fort réduits, les exploitants forestiers préfèrent faire déplacer les "scyes" elles-mêmes, et les installer le plus près possible des "coupes".
Contrairement à l’époque moderne, ce ne sont pas les produits d’un canton forestier qui sont subordonnés à la "scye", mais "la scye" qui l’est à un canton forestier. Ainsi apparaît la notion de "marche" : chaque "scye" a, à proximité immédiate, des cantons forestiers, limités en nombre et surtout en superficie, réservés exclusivement à son approvisionnement. Cet ensemble des cantons se nomme la "marche de la scie" >>
Les "scyes" sont placées en fonction des bois comme le rappelle en 1708 un officier des forêts : "les scituations des bois qui necessitoient les scituations des scies" (A.D.M.M, B.891n°55).
Ainsi, le 1e avril 1589, parmi les cantons de la marche de "la scie du port dougney" (Scierie Lajus) on découvre "la coste de la hallière" A.D.M.M, B9033). >>
Aucune présence sur l'atlas cantonal section A de Celles-sur-Plaine de 1810. Par contre, nous trouvons dans un document manuscrit de 1837 (A.D.88 cote 98 P2) une demande de reconstruction formulée, par un dénommé Gabriel Eynard représenté par M. Marx fils d’Allarmont pour ‘’autorisation de reconstruire l’ancienne scierie de la hallière, pour servir au débit des arbres propres au sciage à exploiter les forêts de Ban le Moine, commune d’Angomont, dont il a acquis la superficie.’’ Autorisation lui fut notifiée par le préfet le 29 août 1837.
On peut supposer que la scierie existait auparavant, certainement sous une forme temporaire.
"La 'marche' reconstituée, les arbres ayant de nouveau la taille voulue, la 'marche' est réparée ou reconstruite.
(Marc Brignon "les scyes" de la vallée au temps des Salm)
Dans cette période de reconstruction, c’est Augustin Fortier, entrepreneur à Celles-sur-Plaine qui vers 1845 va mettre la scierie dans la configuration de deux bâtiments, Halle de sciage et habitation. Nous pouvons la voir sur le cadastre rénové de 1846 : Celles-sur-Plaine, section A, feuille 4.
M. Jean Geny, marchand de bois et propriétaire forestier, nouvel acquéreur sera en désaccord avec la société du ‘’Chemin de Fer de la Vallée de Celles’’ pour un raccordement particulier de la scierie de La Hallière à la nouvelle ligne Raon-l’Etape à Raon-sur-Plaine créée en 1907. (document ci-joint).
Ce raccordement sera fait en juin 1919 par Paul Lecuve.
En 1910, Jean Geny vend la scierie à un patron du bois, natif d’Allarmont, M. Paul Lecuve qui en fait sa 27ème scierie et sa 11ème dans la vallée de la Plaine. Elle portera le N° 14 au sein de sa société.
Pendant la guerre de 1914-1918
En septembre 1914 le front se stabilise.
La scierie de la Hallière se trouve aux abords de la ligne de front du côté allemand. Il en sera ainsi jusqu’à la fin du conflit. Située entre les premières lignes allemandes et françaises, occupée dans un premier temps, fortement endommagée, elle est abandonnée : ‘’brèches, dans l’étang de retenue et dans le canal d’amenée, destruction des vannes et gros dégâts sur le bâtiment et la machinerie’’.
1920 - 1970 : Renouveau, prospérité et déclin !
Le raccordement ferroviaire sera fait en juin 1919 par Paul Lecuve et les travaux de rénovation de la scierie seront dirigés par l’architecte François Heck en 1920.
La Hallière est maintenant desservie par ‘’Le Tacot de la Vallée’’. Ce sera l’occasion d’améliorer l’outil et les conditions de travail, les travaux vont continuer jusqu’en 1923. Le ‘’Tayeu’’ sera élargi (45m²) : c'est l'endroit devant la scierie où les "tronces" destinées au sciage sont écorcées. Des rails et des wagonnets récupérés sur les installations allemandes du col de Prayé viendront compléter un réseau de voies ferrées de type ‘’Decauville’’ (largeur de 0,60 m) pour le ‘’chariotage’’ des ‘’tronces" et des planches.
C’est peut-être à cette période que l’entrée des grumes qui se faisait par une porte basculante du côté N.E se fera sur wagonnet par le pignon S.E, donnant un accès direct au chariot, à la route et au ‘’tacot’’. Ce changement d’accès est peut-être aussi dû à l’installation du dédoubleur à côté du haut-fer.
En cette période d’après guerre, c’est aussi l’installation du bassin-fontaine à proximité de la scierie. Jusque-là, le sagard ou sa famille vont chercher l’eau à la source qui se trouve à 150 m de la scierie entre la Plaine et le canal d’amenée. En mars 1923 M. Paul Lecuve en vend l’usage à la ‘’Société Française de Coton à Coudre Cartier-Bresson" : "le droit exclusif à la jouissance et à l’exploitation de la source et de faire tous travaux de forage, de magasinement, de canalisation et autres nécessaires pour la captation de la source. Le droit d’établir, de conserver à perpétuité les immeubles désignés, une canalisation en fonte ou en acier devant amener les eaux dont il s’agit à l’usine de Celles-sur-Plaine." - Acte notarié reçu par Me Kaiser à Raon-l’Etape le 10 mars 1923.
Cette vente que l’on pourrait trouver étonnante se fait avec une réserve. ’’Est exclue de la vente la quantité d’eau nécessaire mais suffisante pour alimenter constamment en toutes saisons, une fontaine à l’endroit que M. Lecuve désignera sur sa propriété de la Hallière, laquelle fontaine et l’eau devant l’alimenter seront la propriété exclusive dudit Monsieur Lecuve’’
La vente de la source avec les réserves énumérées précédemment apporte une grande plus-value à ‘’sa Hallière’’ : un bassin à proximité de la scierie avec eau à volonté. Le confort du sagard s’améliore ! L’eau courante à la fontaine …
Le 4 janvier 1969, La Hallière dernière scierie encore en activité, de l’empire ‘’Lecuve et Cie’’ est vendue à la SAFAC, fabricant de chalets à Bertrichamps. René Levert, sagard à la scierie depuis 1949 y continuera son activité jusqu’à la faillite de ladite société et la mise en vente aux enchères publiques de la scierie fin 1976.
Sauvetage et mise en lumière
Branle-bas de combat : il faut sauver le dernier haut-fer de la vallée encore en activité, et tout faire pour éviter son démantèlement.
Malgré les efforts d’Albert Ronsin, président de la Société Philomatique, conservateur de la bibliothèque et du musée de Saint -Dié-des-Vosges, et deux de ses amis natifs d’Allarmont, le recteur Gérald Antoine et le chanoine René Poirson, les choses tournent mal.
C’est un spinalien M. Martin qui remporte les enchères en février 1977. Son objectif était de transformer la scierie en résidence secondaire. Des fonds étaient là, des subventions étaient promises, mais cela n’a pas suffi ! Dans cette déconvenue, nos mousquetaires prévoyants avaient gardé une ‘’botte secrète’’ une demande de classement au titre des Monuments Historiques.
L'arrêté du 1er février 1977, (quelques jours avant la vente), relatif au classement dans les sites à protéger dont la Hallière, est effectif le 30 mars 1978.
Ne pouvant pas réaliser son projet M. Gilbert Martin décide de vendre. C’est l’Association pour la Défense et la Préservation de la vallée de la Plaine (ADPP) créée en juillet 1978 par le recteur Gérald Antoine et le chanoine René Poirson , qui en devient propriétaire le 26 décembre 1980.
C’est le départ d’une grande aventure avec deux objectifs :
- Continuer à faire fonctionner la scierie, en honorant des commandes de particuliers et de professionnels massifs
- Ouvrir le site aux visites ’’grand public’’ avec démonstration de sciage et présentation du mécanisme, présentation de l’outillage forestier et des principales roches des massifs environnants. Dans un premier temps, le sciage des arbres lié à la création des lacs de Celles-sur-Plaine et de Pierre-Percée apporte des revenus à l’association et assure l’activité du haut-fer. Faute de rendement suffisant l’activité se concentre sur les visites grand public.
Le 8 novembre 1981 a lieu l’inauguration officielle en présence des autorités régionales et des maires de’’ la Vallée’’.
Durant cette première année d’ouverture au public, ce sont 2000 visiteurs qui sont accueillis à La Hallière. De plus en plus ’’d’amis’’ rejoignent cette poignée d’irréductibles. Ensemble ils créent en mars 82 l’association des ‘’Amis de La Hallière’’, le recteur Gérald Antoine en devient le président.
Le but de cette entité et de ’’mettre en œuvre tous moyens en vue d’affirmer et développer la vocation culturelle de La Hallière, traitée comme scierie-musée ‘’. En complément de cette mission culturelle, et pour renforcer les liens entre membres actifs et adhérents de plus en plus nombreux, une grande fête animée par des démonstrations de vieux métiers et par des associations amies est organisée le 15 août 1982.
L’énorme succès de cette manifestation engagera l’association à pérenniser cette fête qui sera reconduite tous les deux ans.
En janvier 84 l’équipe des ‘’Amis de La Hallière ‘’est lauréate d’un prix de 20 000 F (7352€) au concours des ’’chefs -d’œuvre en péril’’. La création de l’écomusée s’inscrit dans une démarche de valorisation de la scierie et de la tradition du bois dans la vallée de la Plaine.
A ce titre la scierie de La Hallière devient un sujet de réflexion et d’exemple pour J-L. Boithias et M. Brignon pour leur ouvrage publié en 1985 ‘’Les scieries et les anciens sagards des Vosges : bûcherons, schlitteurs, voituriers et voileurs’’. Il y aura également en 1981 le projet de diplôme d’architecture de F. Lausecker et J. Métro intitulé ‘’Bois et architecture dans le massif vosgien : scierie de La Hallière, projet pour un musée’’.
En 1985, la scierie de La Hallière est la dernière scierie de la vallée de la Plaine à fonctionner en permanence. Dans les années 1900, on en dénombrait une cinquantaine, en bordure de cette rivière et de ses affluents.
Au cours des années 1990 divers travaux d’entretien et d’agrandissement du site sont nécessaires. Le remplacement de la roue à aubes et la réfection à neuf du chariot interviendront en 1992.
En 1997, suite à l’acquisition de nouvelles parcelles, c’est la création d’un ’’sentier des roches’’ et d’un ‘’arboretum’’ qui viennent renforcer l’attrait touristique de La Hallière.
Nouvel élan
En février 2000 l’association ‘’Les Amis de La Hallière’’ cède pour le franc symbolique la scierie de La Hallière à la’’ Communauté de Communes de la vallée de la Plaine’’ créée trois ans auparavant. Cette cession s’accompagne de travaux importants : remise en état complet de l’arboretum avec mise en place d’un platelage de circulation et création d’une aire de stationnement à proximité de la scierie entre la route et l'arboretum. L’association libérée de la partie investissements se consacre essentiellement à la partie accueil, démonstrations de sciage, animations culturelles et touristiques.
Chaque année verra des améliorations : un chariot à grumes, don de Louis Thomas ancien voiturier de Celles-sur-Plaine est présenté devant la scierie, des salles rénovées et créées où s’installent un musée du bois et de la forêt, un mini-musée de la faune et de la flore, la cave aux minéraux, la halle aux outils et l'espace d’accueil pour les scolaires et les groupes. La fréquentation annuelle atteint rapidement 6 à 7000 visiteurs.
2001-2023 : Entre incendies et reconstructions
Dans la nuit du 19 au 20 décembre 2001 La Hallière subit son premier incendie majeur toujours inexpliqué. Le bilan des destructions est très lourd : la halle de sciage, le haut-fer, le dédoubleur, la scie circulaire, la maison du sagard, les collections d’outils. Seuls restent les murs de la maison d’habitation et ceux du sous-sol de la scierie. La roue à aubes et quelques pièces des hauts-fer semblent épargnées, mais s’avéreront inutilisables.
Six ans s’écouleront pour que le projet de reconstruction soit validé en novembre 2007 par ‘’ les autorités compétentes’’. Il faudra attendre septembre 2011 pour voir le lancement des travaux. Deux ans de travaux seront nécessaires pour accueillir le public pour une inauguration le 29 juin 2013. (11 ans et demi après l’incendie !! ).
Pour l’ouverture au public, une convention est signée entre La Communauté de Communes de la Vallée de la Plaine et ‘’Les Amis de La Hallière’’ présidée tout au long de cette période d’incertitude par Pierre Poncet . ‘’ La CCVP, propriétaire du site, embauche le personnel (sagard, accueil), gère la billetterie, décide des travaux à réaliser. ‘’Les Amis de La Hallière’’ assurent les visites guidées, organisent les activités festives et culturelles, formulent conseils et propositions à la CCVP pour la mise en valeur touristique’’ .
C’est à cette période que notre ‘’Ami’’ Jacky Champion est engagé comme sagard à la scierie de La Hallière. Il connaîtra la mise en route délicate de ce haut-fer reconstruit avec des éléments réemployés et d’autres adaptés, en provenance d’une scierie de Corcieux. Cette installation, ainsi que celle du dédoubleur et de la déligneuse, l’année suivante fut orchestrée par Guy Desrues alors membre de Conseil d’Administration.
Celui-ci sera élu président des ‘’Amis de La Hallière’’ en novembre 2015 succédant à Claudine Vigneron.
La scierie est enfin ouverte au public à l’été 2013 lors du festival de ‘’la voie verte’’. Les visiteurs seront accueillis par des guides bénévoles et Jacky le sagard qui fait les démonstrations de sciage. Dès la saison 2014 la Hallière est ouverte du mercredi au dimanche pour recevoir les visiteurs, groupes et particuliers.
Au cours des années qui suivent, des améliorations apporteront un meilleur confort à nos visiteurs : aménagement de la salle d’accueil et d’un local pour recevoir scolaires et groupes .
L’ association a participé à l’opération ‘’J’adopte une ruche’’ lancé par ‘’Le Pays de la Déodatie’’. Ce sont rapidement 4 ruches qui furent présentes sur le site de la Hallière sous la responsabilité bienveillante de notre apiculteur local Gaël Volland.
Chaque année en juillet, dans le cadre du Festival des Abbayes un concert précédé d’une conférence est organisé dans la halle de sciage . Pour agrémenter la visite de la scierie, l’association propose une exposition saisonnière dans la maison du sagard (voir galerie) sur un thème se rapportant à l’activité de sciage et de transformation du bois. En septembre l’association participe aux ‘’Journées Européennes du Patrimoine’’ et organise une opération portes ouvertes à la scierie de la Hallière.
En janvier 2017 un dernier accord avec la Communauté de Communes de la Vallée de la Plaine, remplacée par la Communauté d’Agglomération de Saint-Dié -des-Vosges, donne à l’association la possibilité de proposer du sciage de grumes aux particuliers.
Dans un but d’attractivité du site de la Hallière les bénévoles vont remettre en état la roue à aubes détruite lors de l’incendie de 2001. Cette réalisation installée sur un massif en béton en bordure de route interpelle les gens de passage. D’autres améliorations vont suivre toujours à l’initiative des ‘’Amis de la Hallière’’ : la réfection du "tayeu", le désensablement du port aux planches, la construction d’une passerelle sur le canal de fuite, la réfection des deux vannes sur la Plaine et le canal. Suivent l’aménagement d’un plancher, d’un plafond et d’étagères dans la salle d’accueil.
La dernière réalisation de cette décennie pour les bénévoles, fut la mise en place d’un groupe sanitaire avec accès PMR sur une surface de 15m² dans le sous-sol du bâtiment. Travaux financés par la Communauté d'agglomération de Saint-des-Vosges.
Le 7 août 2021, à nouveau le drame… l’histoire se répète. En ce samedi au petit matin un nouvel incendie détruit la scierie de la Hallière. L’outil de travail et la halle de sciage sont calcinés et inutilisables. Seule la maison du sagard et la cave ont été préservées du sinistre.
Après expertise, l’ensemble des gravats, la cheminée et les restants de charpente furent dégagés pour faire place à une bâche de protection installée sur le plancher afin de préserver le mécanisme d’entraînement du haut-fer se trouvant dans la cave et sauvé du sinistre.
Attente et reconstruction
Très rapidement, la décision de continuer l’aventure et de reconstruire fut prise par les responsables de l’Agglo. Pour redonner vie à la scierie, il fallait retrouver du matériel identique à celui qui était en place avant l’incendie.
Un élan de solidarité s’est installé et c’est très rapidement que les propositions sont arrivées. La municipalité de La-Croix-aux-Mines a fait don à l’association des ‘’Amis de la Hallière’’ du haut-fer de la scierie communale, à l’arrêt depuis cinquante ans. Un dédoubleur et une déligneuse ont été dénichés à la scierie ‘’les Forges’’ d’Etival-Clairefontaine.
Quatre ans et demi après le dernier sinistre, les travaux de reconstruction du bâtiment commencent !
Il reste à attendre la remise en état des machines et l’accueil du public.
Le 2 mars 2026
Jean-Paul Alison
Président de l'association "les Amis de la Hallière








































